Dans cette étude à propos de la souveraineté numérique, nous nous focalisons particulièrement sur trois éléments participant à l’émancipation de l’utilisateur : le monde open source, le Web sémantique et enfin le Web décentralisé. Nous expliquons en quoi ces trois concepts peuvent participer à l’émancipation de l’utilisateur face à l’emprise que peut avoir son espace numérique sur lui-même. En extension de cette introduction à ces concepts, nous motivons leur usage dans les projets informatiques, de manière générale, et plus particulièrement dans le format numérique proposé pour les conférences Cytopia.
Un premier point concerne l’usage de l’open source. Ce concept vise à rendre le code source des programmes ouvert à tous. Ainsi, n’importe qui est capable de lire ce que le développeur a réellement écrit : par exemple, le code côté serveur (ou client) d’un site internet (écrit en Node.js, PHP ou n’importe quel autre langage de programmation web), ou encore le code source d’une application ou d’un navigateur web. L’ouverture du code source permet de donner des garanties supplémentaires à l’utilisateur quant à la manière dont ses données sont utilisées pendant son expérience à travers ces différents environnements. Certains codes sources fermés pourraient, par exemple, cacher certains mécanismes de télémétrie où le comportement de l’utilisateur est enregistré afin de cibler ses actions et d’y répondre avec des offres à but promotionnel. Ainsi, ce concept permet une profonde vérifiabilité du programme, tant sur son comportement que sur ses failles : si des failles de sécurité existent, une large communauté peut proposer des correctifs ou des améliorations.
Un second point propose de se focaliser sur le Web sémantique. Une manière de révolutionner notre interaction avec le Web serait de le rendre sémantiquement plus accessible. Le Web actuel propose essentiellement des sites dont le contenu est formaté pour l’usage propre au site en question. Dans cette idée du Web sémantique, le but serait de le considérer comme uniformisé sous l’aspect d’une base de données géante. Plusieurs moyens nous permettent de transformer la vision du Web actuel en un Web sémantique : par exemple, avec l’avènement des LLM (Large Language Models), nous pouvons désormais parcourir un site internet dont le LLM sert d’intermédiaire pour comprendre son contenu et le transposer selon la vision de l’utilisateur. Cette méthode reste coûteuse car elle nécessite l’intervention importante de ces modèles de langage. D’autres méthodes permettent de rendre le contenu web plus accessible à ces LLM, telles que l’usage de l’indexation sémantique (les bases de données vectorielles) ou des graphes sémantiques. Ainsi, le Web sémantique constitue une approche supplémentaire vers la libération de l’utilisateur face à un espace numérique hétérogène où chaque navigation à travers différents sites internet nécessite un effort cognitif supplémentaire pour s’adapter à ce nouvel environnement. La vision d’un Web doté d’une interface conversationnelle unique menant à différentes sources d’information permettrait une meilleure compréhension et une plus grande accessibilité à l’information pour l’utilisateur.
Un dernier point se focalise sur le Web décentralisé. Ce concept se concentre sur la forme du réseau décrivant le Web. La forme majoritairement présente sur le Web actuel est celle de la centralisation des données : l’utilisateur navigue à travers des sites internet dynamiques où ses données sont capturées, manipulées et enregistrées sur un serveur. Cet enfermement des données emprisonne également l’utilisateur : celui-ci est obligé de continuer à utiliser les services associés à ces serveurs ayant capturé ses données et est incité à, potentiellement, payer un abonnement pour enregistrer encore plus de données. Le principe du Web décentralisé vise à supprimer cet effet d’emprisonnement : les serveurs n’ont plus pour rôle de conserver les données, mais plutôt de servir de canal de transmission sans que celles-ci ne soient lisibles par le serveur. Ainsi, les seuls détenteurs de l’information seraient les utilisateurs, et eux seuls.
À l’issue de ces trois points, nous les projetons sur un cas d’usage : le site internet Cytopia.fr. Ce dernier, dans sa forme finale, essaiera d’intégrer au mieux ces trois principes visant à donner davantage de souveraineté à l’utilisateur. Le format open source sera proposé afin de rendre le code source du projet consultable et duplicable. Le Web sémantique sera lui aussi proposé afin de rendre le site internet navigable par un LLM, notamment un LLM local à l’utilisateur et open source : nous évitons ainsi l’usage des LLM fermés et payants. Enfin, une autre projection, plus lointaine, de Cytopia serait de rendre ses connaissances accessibles aux utilisateurs en proposant de les capter, de les structurer et de les conserver localement chez eux. Ainsi, l’information n’appartiendrait pas seulement à un site internet : celui-ci serait capable de la distribuer sans que l’utilisateur ne soit obligé de rester lié au site d’origine.
Citation
@online{wattez2026,
author = {Wattez, Hugues},
title = {Numerical Sovereignty: {Cytopia’s} Case},
date = {2026-05-13},
url = {https://www.cytopia.fr/cycles/2026/tech/conferences/tech_1/topics/user_sovereignty/article.html},
langid = {en-US}
}